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Un bon enseignant gabonais et patriote doit être précaire toute sa vie !

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Chers compatriotes, chers lecteurs, permettez-moi aujourd’hui de célébrer cette magnifique vérité que notre société gabonaise a si brillamment établie : un véritable enseignant patriote se reconnaît à sa précarité. Oui, vous avez bien lu. La misère est devenue le badge d’honneur de ceux qui façonnent l’avenir de notre nation.

L’art subtil de la « monnaie de singe »

Quelle ingéniosité dans cette expression ! La « monnaie de singe » – cette rémunération fantôme que certains enseignants attendent pendant des mois, voire des années. Après tout, pourquoi payer convenablement ceux qui enseignent les mathématiques, le français, l’histoire à nos enfants ? Ces disciplines sont surévaluées, n’est-ce pas ? Et puis, l’argent imaginaire développe la créativité. Nos enseignants deviennent des magiciens capables de transformer le néant en loyer, en factures d’électricité, en nourriture.

Regardez-les jongler avec leurs « présalaires » et leurs statuts de « stagiaires » éternels. Dix ans, vingt ans parfois, dans les limbes administratifs. Quelle formation à la patience, à la résilience ! Nos enseignants apprennent ainsi l’humilité, cette vertu cardinale qui consiste à accepter l’inacceptable avec le sourire. Un sourire qui cache la faim, l’angoisse du lendemain, l’humiliation quotidienne.

Le parcours du combattant quotidien

Observons ensemble une journée type de notre héros patriote. Le matin, il se lève dans une chambre louée avec ce qui reste de son hypothétique salaire. Pas de petit-déjeuner – l’austérité forge le caractère. Il rejoint son établissement, souvent à pied pour économiser les frais de transport, ou alors entassé dans un taxi collectif où il compte chaque franc dépensé.

Arrivé à l’école, il enseigne. Il enseigne avec des craies qu’il achète parfois de sa poche, dans des salles surpeuplées, à des élèves qui ont faim – tout comme lui. Mais qu’importe ! Le savoir se transmet mieux l’estomac vide, c’est bien connu. La connaissance nourrit l’esprit, dit-on. Dommage qu’elle ne remplisse pas le ventre.

Le soir venu, notre enseignant modèle rentre chez lui. Un seul repas l’attend. Un seul, parce qu’il faut bien faire des choix quand la « monnaie de singe » ne permet pas trois repas quotidiens. Et puis, ses propres enfants doivent manger, avoir des cahiers, des stylos. Quant au goûter des élèves qu’il enseigne, certains enseignants puisent dans leurs maigres ressources pour nourrir ces petits ventres vides. Quelle abnégation ! Quel sacrifice sublime !

Les interdits du bon enseignant patriote

Attention, il existe des lignes rouges à ne jamais franchir pour rester un « bon » enseignant. Construire une maison ? Impensable ! Ce serait faire preuve d’ambition matérialiste indigne de la noble profession enseignante. S’acheter une voiture ? Quelle vanité ! Le taxi ou la marche suffisent amplement. Se soigner convenablement ? Allons donc ! Les pharmacies suffisent, et encore, quand les moyens le permettent. Consulter un médecin relève du luxe ostentatoire.

Offrir un avenir décent à ses enfants ? Mais voyons, nos enseignants doivent se contenter d’offrir l’avenir aux enfants des autres ! Les leurs apprendront par l’exemple que le dévouement mène à la pauvreté, et que c’est très bien ainsi.

Le silence comme vertu suprême

Et surtout, SURTOUT, un bon enseignant gabonais patriote ne revendique jamais. Il ne proteste pas. Il ne manifeste pas. Il accepte avec reconnaissance les miettes qu’on lui jette. Car son salaire – quand il arrive – n’est pas un droit. Non, non, non. C’est une faveur, une grâce accordée par un État bienveillant. Il devrait donc se montrer reconnaissant, plier l’échine, remercier même.

Revendiquer ses droits, réclamer un salaire décent et régulier, exiger des conditions de travail dignes ? Quelle ingratitude ! Quel manque de patriotisme ! Un vrai patriote souffre en silence, se sacrifie sans broncher, disparaît progressivement dans l’indifférence générale.

La triste réalité derrière l’ironie

Mais derrière cette ironie amère se cache une tragédie nationale. Comment un pays peut-il se développer en méprisant ainsi ceux qui éduquent ses citoyens de demain ? Comment ose-t-on parler d’avenir, de développement, d’émergence, quand on laisse pourrir dans la précarité ceux qui transmettent le savoir ?

Les enseignants gabonais ne demandent pas la lune. Ils réclament simplement ce qui leur est dû : un salaire qui avance en même temps que sa carrière, décent, qui leur permette de vivre dignement, de se soigner, de nourrir leurs familles, d’avoir un toit stable. Est-ce trop demander à un État qui se dit moderne ?

Cette situation n’est pas seulement injuste pour les enseignants. Elle est catastrophique pour l’ensemble de la société. Des enseignants précarisés, c’est une éducation affaiblie. Et une éducation affaiblie, c’est un avenir compromis pour toute une nation.

Il est temps de cesser cette mascarade où l’on célèbre les enseignants en paroles tout en les condamnant à la misère en actes. Il est temps de reconnaître que le véritable patriotisme consiste à respecter et valoriser ceux qui construisent l’avenir du Gabon.

Un bon enseignant mérite un bon salaire. Point final.

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